Sur Instagram, Jae Young Joon fait sensation. Avec son physique ciselé, ses yeux marron foncé et son style de vie qui comprend des voyages à Coachella et des sorties musicales, il possède tout ce qu’il faut pour être un influenceur de premier plan. Ses abonnés inondent ses publications d’émojis cœur-oeil et d’éloges.
Cependant, il y a un hic : Jae Young Joon n’existe pas.
Son « esprit humain » est en fait une ligne de sa biographie que la plupart de ses adeptes semblent ignorer. Jae est un personnage purement généré par l’IA, faisant partie d’un mouvement croissant de créateurs créant des avatars numériques pour occuper l’espace autrefois réservé exclusivement aux célébrités humaines.
L’économie du « jeu de rôle numérique »
Luc Thierry, le créateur canadien derrière Jae, considère son travail non pas comme une tromperie, mais comme une forme de divertissement moderne. Bien qu’il soit transparent sur le fait que Jae soit artificiel, il reconnaît que de nombreux fans choisissent de s’engager avec le personnage comme s’il était réel.
“J’ai l’impression que mon travail en tant que créateur consiste à s’adonner à cela et à leur permettre de sentir qu’ils en font partie… de la même manière que vous noueriez une relation parasociale avec un personnage de jeu vidéo.”
Ce phénomène crée une dynamique numérique unique. Contrairement aux influenceurs traditionnels qui construisent les marques sur « l’authenticité » et la « relativité », les créateurs d’IA construisent des fantasmes immersifs. Ils produisent essentiellement une émission de télévision continue et interactive dans laquelle les personnages vivent sur les réseaux sociaux plutôt que sur un écran de télévision.
Controverse et « crash » du tapis rouge
La tension entre l’IA et la réalité a récemment atteint un point d’ébullition lorsque deux modèles d’IA, “Santos Walker” et “Caleb Ellis”, sont apparus pour assister à la première de Le Diable s’habille en Prada 2. Les images sont devenues virales, suscitant un débat intense :
- Tromperie contre art : Certains utilisateurs ont accusé les créateurs de « faux » marketing, tandis que d’autres se demandaient s’il s’agissait d’un coup de marque coordonné.
- Normes irréalistes : Les critiques ont fait valoir que ces avatars hyper-masculins aux proportions parfaites exacerbent les problèmes d’image corporelle, en particulier au sein de la communauté gay.
- L’avenir du marketing : On craint de plus en plus que les marques finissent par préférer les modèles d’IA « parfaits » 100 % contrôlables aux influenceurs humains qui ont besoin de sommeil, de nourriture et d’émotions complexes.
Même si l’apparition sur le tapis rouge n’était pas une promotion payante – il s’agissait d’une « farce numérique » intentionnelle de la part du créateur – elle a servi de preuve de concept pour la puissance de la narration de l’IA.
Une nouvelle communauté de créateurs
Malgré les réactions négatives en ligne, ces créateurs ne travaillent pas de manière isolée. Ils ont formé des communautés numériques très soudées pour se soutenir mutuellement.
- Croissance collaborative : Les créateurs « pollinisent fréquemment » leur public en faisant interagir leurs personnages IA dans des photos et des vidéos.
- Soutien émotionnel : Étant donné que les réactions négatives ciblent souvent la création plutôt que la personne, les créateurs utilisent des discussions de groupe privées pour faire face au harcèlement et aux critiques uniques qui accompagnent la gestion des personnalités numériques.
- Ciblage de niche : Alors que de nombreux modèles d’IA ciblent un large public, il existe un mouvement important vers la création d’archétypes spécifiques pour la communauté des hommes gays.
Le dilemme éthique : transparence ou immersion
Thierry admet une lutte morale persistante : le problème du « Quatrième Mur ».
Lorsque les fans envoient des messages sincères et amoureux à Jae, Thierry est confronté à un dilemme. Pour être parfaitement honnête, cela pourrait ruiner la « magie » du fantasme, mais garder le silence semble être une exploitation. Il soutient cependant que l’IA n’est pas plus « irréelle » que la vie hautement filtrée et organisée des influenceurs humains. Selon lui, un personnage IA qui admet qu’il est faux est plus honnête qu’un influenceur humain qui présente une version irréaliste et fortement modifiée de la réalité.
Quelle est la prochaine étape pour les influenceurs IA ?
L’industrie passe de l’expérimentation à la professionnalisation. Thierry lance déjà Born2BeAI, une agence de modèles IA, et Virtuomo, une communauté dédiée aux avatars masculins IA.
Alors que les grandes marques restent prudentes en raison de la controverse, le précédent a déjà été créé par des personnalités comme Lil Miquela, qui a conclu des accords avec des marques de luxe comme Prada. À mesure que la technologie s’améliore et que la perception du public évolue, la frontière entre célébrité « réelle » et icône « générée » continuera probablement à s’estomper.
Conclusion : La montée en puissance des influenceurs IA marque le passage des médias sociaux centrés sur l’humain à un paysage de fantasmes numériques organisés, soulevant de profondes questions sur l’authenticité, l’image corporelle et l’avenir de l’économie des créateurs.






























